Little Nemo in Slumberland ou la génèse de la BD moderne.

Considéré comme étant le IXème art, la bande dessinée à souvent été vu comme un art mineur. Souvent malmené par les critiques au fil des décennies, cet univers possède pourtant sa propre histoire remplie d’évolution et de figures emblématiques. L’œuvre dont nous allons parler aujourd’hui fait d’ailleurs indubitablement partie de cette histoire. Précurseur sur bien des points, Little Nemo in Slumberland, crée au début du XXème siècle, va venir bousculer les habitudes de lecture de nombres de personnes. Je vous propose donc aujourd’hui de partir à la découverte de Nemo et de son monde du sommeil.

Diffusé à partir de 1905 dans le New-York Herald, Little Nemo in Slumberland ou Le petit Nemo au pays du sommeil pour les francophones, est une œuvre écrite par Winsor Mc Cay. Bien loin du poisson clown rendu célèbre par nos amis de chez Pixar, ce petit Nemo, lui, vit ses plus belles aventures sans bouger (ou presque) de son lit.

Car oui, notre petit héros tout de pyjama vêtu, vis ses péripéties une fois endormi, au sein du Slumberland, le pays du sommeil. Invité par le roi Morphée, qui dirige ce monde, le petit garçon est convoqué au palais du roi afin de rencontrer sa fille, la princesse. Jeté dans un pays où les règles ne s’appliquent pas vraiment, Nemo devra faire de son mieux pour atteindre le palais et éviter tout ce qui pourrait le réveiller.

Édité au rythme d’une page par semaine dans le journal, les mésaventures de notre héros suivent ce format et viennent s’arrêter plus ou moins brusquement à chaque fin de page, par son réveil. La continuité du scénario se verra, à l’instar d’un rêve discontinu constamment coupé par le réveil, voulu ou non du Bambin.

D’ailleurs, l’auteur jouera sur cet aspect et viendra introduire dans son récit des événements et personnages tel que l’aube (Dawn), le garde qui illumine tout, ou même encore Flip, qui s’amuseront tout deux à provoquer inéluctablement le réveil de notre héros afin de l’empêcher d’approcher la princesse.

Mais ce n’est pas tant le scénario ni même le héros qui prodigue aujourd’hui à cette œuvre le statut de culte indétrônable qu’il possède, c’est sa structure narrative. En effet, Winsor Mc Cay va ici développer et exploiter le système de cases, propre au format mais sous exploité à l’époque, afin de rendre la structure de l’histoire à la fois plus diffuse et cohérente. Véritablement novateur, cette technique va venir révolutionner le monde de la bande dessinée en apportant à sa structure quelque chose de jamais vu auparavant.

L’auteur s’amuse en effet à jouer avec le ressenti des lecteurs à travers des cases aux multiples dimensions, qu’il étrique et déforme tel de l’art nouveau et abstrait. Il modifie ainsi la taille des cases, les faisant grandir ou rétrécir selon les besoins du décor. L’auteur ira même jusqu’à faire en sorte que les cases influent sur le dessin, comme avec l’exemple des champignons géants qui s’écrasent sous la taille de la case, donnant à celui qui regarde l’œuvre, une impression d’étouffement, un travail remarquable !

Mais le monde grandissant de la BD la bande dessinée n’en est encore qu’a ses balbutiements et la structure de l’histoire ainsi que la continuité des cases en pâtit un peu. C’est pourquoi ces dernières sont ici numérotées afin de que lecteur non averti de l’époque puisse s’y retrouver.

D’ailleurs, bien que novatrice, cette BD n’avait reçu qu’un accueil mitigé à l’époque. En effet, les thèmes évoqués, tel que le travail sur les rêves, le subconscient ou même les peurs inconscientes,  avaient déstabilisé un public encore trop habitué aux strips comiques et aux personnages plus légers. Rappelant fortement Alice aux pays des merveilles pour le thème, les dessins plutôt surréalistes, avaient déstabilisés bon nombre de lecteurs.

L’apport qu’a cependant effectué l’auteur au monde de la BD est sans commune mesure. Mieux encore, il est même l’un des fondateurs de la BD tel que nous l’entendons aujourd’hui. Qu’il s’agisse de la structure même du récit ou même encore de la qualité du dessin, titanesque pour ce début de siècle, Winsor Mc Cay, nous à livré un œuvre majeure, devenue essentielle au monde du IXème art.

Véritablement culte pour tous les amoureux de BD, il faut bien avouer que Little Nemo possède de nombreux atouts qui viennent attester ce statut. En effet, on se retrouve avec un récit et un format qui bouscule grandement les habitudes des lecteurs, et qui sera réutilisé de nombreuses fois par la suite, devenant même une base en terme de dessin et d’écriture.

Plaisantes et faciles à lire, les aventures du petit Nemo ont d’ailleurs plutôt bien vieilli. Et même si le rythme se veut un peu lent, on prend plaisir à découvrir un monde plein de surprises et d’enchantements.

Au delà de l’aspect classique, Little Nemo est un véritable mastodonte du IXeme art et mérite amplement son titre d’œuvre culte. Forcement ancrée dans son époque, elle n’en reste pas moins un classique indémodable que chacun peu s’essayer à découvrir encore aujourd’hui, sans pour autant trop sentir le décalage temporel propres aux réalisations assez anciennes.

Les curieux ( et les anglophones ) pourront d’ailleurs se tourner vers l’excellent site archive.org, et très exactement a cette adresse, pour y découvrir l’intégrale des aventures de notre petit héros.

Bon voyage aux pays des rêves et bonne lecture !

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